Dossier : Pourquoi les supermarchés US s’équipent-ils de Black stores et de micro-centres de traitement de commandes.

Publié le par le-furet-du-retail

Dossier : Pourquoi les supermarchés US s’équipent-ils de Black stores et de micro-centres de traitement de commandes.

A la fin il n’y aura qu’un gagnant : le commerce ! Qu’ils se fassent en ligne où finissent dans le coffre de notre voiture après 40 minutes de poussage de caddie, il reste que pour les foyers faire des achats et se fournir en produits est vital ... Et peu importe le mode pour se ‘’fournir’’. Car le mode d’usage du commerce et de son magasin habituel à évolué en facilitant son accès via l'e-shopping et la commande digitale même pour ses courses au quotidien. Non pas que le client ne veut plus ''aller en magasin'' par animosité, mais souvent parceque ''qu'il ne peut pas'', ou n'a ''pas le temps'', ni ''l'envie d'y aller aujourd'hui''. 

En 2011 une Fevad visionnaire, actuellement dirigée par François Montboisse, déclarait sous la plume de Catherine Barba et sous l'impulsion de la DGCIS : « En 2020 le e-commerce n’existera plus » et prédisait l'ère d'un commerce connecté … J’avais rapidement fait mienne cette vision.

8 ans après, la Fevad avait raison non pas que le e-commerce disparaitrait, mais qu’il serait ‘’intégré’’  tout comme le commerce ‘’physique’’ l'est au e-commerce, car au final tout cela ne fera à terme qu’un seul commerce connecté face à des clients connectés … 

Et aujourd'hui c'est déjà demain comme le dit mon ami Artho :  « aujourd'hui nous sommes tous déjà doté d’une couche numérique » annonce Elon Musk à propos de Neuralink. Il a raison et même pour vendre une salade ou des couches, de Yucca au click & collect, il est vital pour le commerçant de le prendre en compte. C’est le dernier combat de cette mutation du retail ''commerce de détail'' car à partir d'aujourdhui ... la boucle est bouclée. 

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Un magasin transformé pour répondre à un client qui a évolué : « ce n’est plus forcément moi qui vais au produit mais le produit qui vient à moi » : visite / livraison / point de retrait, la meilleure réponse est multiple.

Cela alimente pas mal de polémiques quand je le dis mais pour moi, plus qu'un commerçant Amazon est un logisticien de génie et bardé d'ingénieurs. Pour lutter contre lui il faut donc l'attaquer sur son talon d'achile : la livraison des ''daily purchases'' et du frais. Et la meilleure réponse que peuvent apporter les supermarchés américains : devenir ''delivery embedded''. Car ils sont confrontés à un nouveau défi, devenir de plus en plus autonomes dans la gestion de leurs comptes d’exploitation et d'un mix commandes en ligne / achat en magasin.

Et non pas via des giga entrepôts comme les modèles pionniers du drive Français adoptés par Chronodrive l'inventeur, Leclerc ou Auchan, mais en mode ‘’picking’’ littéralement ‘’prélevées directement dans les rayons’’ du magasin comme les options privilégiées d'entrée par Système U ou Monoprix dès l’ouverture de leur front de vente à ce mode de commerce dès 2014. Ce qui permit à Système U de devenir Leader très rapidement dans les premières années du drive mais en ‘’points de collecte’’ et rapidement supplanté par les ‘’vrais'' drive Leclerc en 2016. Mais il n'est pas sûr que cette logique ''entrepot''soit gagnante à terme... pour le retail pur.

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Finies les giga plateformes logistiques ... vive le mode de préparation de commandes en mode  ‘’one by one’’ pickés directement en rayon mais il y aura des limites de proximité clients / pickers !

Au début du drive en France, le mode picking fut privilégié car il représentait d'abord une économie pour les indépendants face à l'incertitude sur ce mode d'usage vs coût d’un entrepôt logistique et qu'il apportait une rapidité dans sa mise en œuvre. Car en mode picking, tout se passe en magasin avec une gestion identique à un passage en caisse de clients car exécuté par un ‘’personnal shopper dédié’’ un ‘’picker’’.

Celui-ci prélevant la commande directement en ‘’one by one’’ dans les rayons et non pas dans un ‘’entrepôt ’’ sur palette. Mais ce fut que ''relativement'' intéressant économiquement, car pour le picking vous payez des collaborateurs pour remplir des linéaires avant l’ouverture du magasin, et des collaborateurs qui les vident durant la journée pour satisfaire les commandes en ligne ... provoquant ruptures de produits en linéaire et ires de clients devant l’encombrement provoqué alors que ‘’eux’’ avaient fait l’effort de venir faire leurs courses en magasin.

Cela nous l’avons connu rapidement en France. Et en plein essort pour contrer Amazon Fresh ou Prime Now les retailers américains créent les Black Store un mix d'entrepot sur rayon et magasin.

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Conséquence de cette évolution de l'achat en ligne des PGC ... le magasin ne peut plus absorber cette logistique de picking directement dans ses rayons.

Walmart et Target en tête, les enseignes américaines adoptent majoritairement ce mode ‘’pick up’’… (à l’exception à terme de Kroger compte tenu de son accord avec Ocado ce qui lui a valu une baisse de notation de son cours en bourse) qui permet aux magasins de devenir totalement et rapidement autonomes dans la gestion de leurs ventes on/off et sur un compte d’exploitation consolidé. Walmart aura doté ses 3600 magasins de ''pick up station'' en mojns de 2 ans. Mais problème : devant la montée en puissance de ce nouveau mode ‘’d’usage’’ du magasin (on remplit mon caddie à ma place) les allées ne sont plus adaptées tout le monde se fournissant directement ‘’en rayon’’ les clients présents poussant le caddie sur place, et les ‘’pickers’’ remplissant leurs sacs kraft de commandes en ligne.
Walmart, Target, Albertsons, Stop & Shop, Meijer, Hy-Vee et bien d'autres construisent donc des mini-entrepôts automatisés à l'intérieur même de leurs magasins achalandés comme des magasins classiques mais qui sont fermés aux clients car réservés aux ‘’pickers’’ chargés de préparer le ‘’ramassage d’ordres’’. L'autre avantage de la création de ces espaces ''sombres'' étant l’opportunité de transformer à pas cher des mètres carré devenus inutiles et une charge pour les HM / Supercenter, en rentabilisant l’espace.

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Objectif : être capable à terme de traiter soi même les 12% des PGC commandés en ligne prévus à horizon 2025 directement depuis ses magasins format HM / SM et sur son propre stock ... comme les Chinois.

Car bien que ''seulement'' 6% environ des acheteurs américains achètent leurs produits PGC en ligne aujourd'hui, les analystes s'attendent à ce que ce nombre augmente rapidement. En 2019, Walmart a formé plus de 30 000 collaborateurs pour répondre aux commandes d'épicerie en ligne des clients, et savoir leur répondre sur les services en ligne des clients. Mais la nécessité d’isoler les ‘’pickers’’ se justifie de plus en plus les encombrements entre clients et pickers pendant les heures de pointe, comme les week-ends (les états unis comptant seulement 5% de chômage la semaine les américains sont occupés …) devenaient préjudiciables et mal appréciés par la clientèle…

Greg Foran ex-CEO de Walmart US (John Furner lui ayant succédé depuis Octobre 2019) déclarait en début d’année que l'un de ces dirigeants s'était plaint à lui : " Je déteste faire du shopping dans mon magasin le dimanche en essayant d’aller et venir dans les allées’’.

Et pour les épiciers qui s'associent à des services tiers (par ex Wegmans avec Instacart) c'est pire "il y a souvent autant d’Instacarters que de clients", a déclaré Bill Bishop, co-fondateur de la société de conseil en vente au détail et en épicerie Brick Meets Click.

Les marges des épiceries étant serrées,  les travailleurs qui ramassent, ensachent et livrent manuellement coûtent cher aux épiciers. C'est pourquoi ceux-ci se tournent aussi vers la technologie avec ces  « Micro-centres de traitement » qui devraient devenir de plus en plus ''micro robotisés''. Ce n’est pas une bataille technologie contre les humains, mais une adaptation des moyens pour répondre à une nouvelle demande ... et supervisée vs réalisée par l'humain.

En synthèse : la coque et la ‘’dalle’’ du magasin s’organise pour s’adapter à cette évolution de son front de vente. C’est le modèle adopté par Freshyppo (ex Hema) de nos amis Alibaba, dont 60% du CA des magasins est fait on line (via mobile à 80%), préparé par des ‘’pickers’’ et livré, le click & collect n’étant pas de mise en Chine.  Mais c'est le chiffre d'affaire du magasin.

Albertsons et Stop & Shop testent ces « micro-centres de traitement » mais automatisés à l'arrière de leurs propres magasins dédiés à la livraison et à l'enlèvement. Dans deux de ses magasins, Albertsons utilise des robots pour préparer les commandes des clients, ce qui, selon lui, accélère le processus de prélèvement. Une visite au NRF 2020 devrait nous enrichir de l’évolution de ces technologies de picking automatisées.

Stop & Shop, propriété de la société mère néerlandaise Ahold Delhaize, construit un centre de distribution entièrement automatisé de 12000 pieds carrés (1115 M2) dans l'arrière-boutique d'un magasin à Windsor, Connecticut, pour les livraisons dans la région de Hartford.

 

Et à Salem, dans le New Hampshire, Walmart pilote un système avec des chariots autonomes qui rassemble les commandes d'épicerie des clients et les amène aux employés de Walmart, (un système assez similaire à Ocado mais en version ''small'') qui les préparent ensuite pour la livraison ou le ramassage. 

Certains analystes affirment que ces modèles de micro équipement sont un avantage sur les grands entrepôts centralisés (on l'a vu avec la fermeture de l'entrepot jet.com de Walmart à NYC le mois dernier)  qui sont souvent situés plus loin des clients que des magasins .. ce sera la force des réseaux physiques. C'est pourquoi les micro-centres de traitement des commandes peuvent réduire les coûts de livraison des épiciers, selon les experts. 

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Amazon rend la livraison d'épicerie gratuite pour les membres Prime … pour lutter.

"La micro-réalisation aide les détaillants à résoudre l'énigme des coûts de main-d'œuvre et du dernier kilomètre", déclare Christopher Mandeville, analyste chez Jefferies, dans un rapport de recherche au début du mois. Mandeville estime que le coût de livraison de produits d'épicerie à partir des entrepôts centraux est généralement environ deux fois plus élevé que celui de la micro-exécution dans les magasins. Jefferies a d'ailleurs réduit la notation des actions de Kroger plus tôt en Décembre, en partie parce que la société a investi dans des installations centralisées par le biais d'un accord avec Ocado, au lieu de la micro-exécution. ''Les épiciers intègre le processus de ''picking''  et testent les magasins dits ‘’black’’. Certains ‘’black store’’ disposent d’une automatisation, tandis que d'autres sont toujours occupés par des employés pour faire le picking des produits achetés en ligne'' a déclaré Mandeville.

"Les Black Store dans les épiceries sont une tendance émergente", a déclaré Michael Demko, fondateur de la société de conseil en épicerie LocaiSolutions. 

Walmart a récemment ouvert Walmart Pickup Point, un prototype de 40 000 pieds carrés (3716 M2) à l'extérieur de Chicago dans une ancienne épicerie de Dominick. Les clients se rendent sur le site jusqu'à des places de stationnement désignées et un employé de Walmart charge leur coffre avec leur commande. Walmart peut également effectuer des livraisons à partir de l'emplacement. L'intérieur de l'emplacement ressemble à un Walmart avec des produits d'épicerie et des objets du quotidien. Mais contrairement à un supercenter Walmart traditionnel les clients ne pourront pas rentrer. "Les emplacements sont conçus pour répondre aux commandes en ligne des acheteurs tout en permettant aux magasins traditionnels de "continuer à répondre aux besoins de ceux qui apprécient l'expérience en magasin"  a déclaré le porte-parole de Hy-V.

Un magasin et un black store en miroir ... pour le on et le off c'est ça l'avenir. 

Sources Nathaniel Meyersohn https://edition.cnn.com/profiles/nathaniel-meyersohn , https://edition.cnn.com/business

 

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Olivier LABORNE 28/12/2019 22:15

Bonsoir Jean-Marc
Dark Stores ou Black Stores ? Honneur à Tesco avec les Dark Stores dès 2006 sur Londres, non ?
Olivier