L'angleterre à mal à son commerce de détail et prévoit 60 000 fermetures de magasins d'ici 2018.

Publié le par le-furet-du-retail

L'angleterre à mal à son commerce de détail et prévoit 60 000 fermetures de magasins d'ici 2018.

Les anglais n’ont pas le moral pour leur commerce. Le Retail Research Center UK a publié dernièrement un rapport « strong Futures détail 2018 » sur l’évolution du retail de proximité et de centre ville aux Royaumes unis d’ici à 2018 qui fait froid dans le dos. La solution ? transformer les magasins en appartements résidentiels.

Il est difficile de penser que le commerce Français de proximité pourrait suivre la même pente, compte tenu de la différence structurelle des réseaux et des formats de magasins et de notre spécificité d'hyper centralisation (donc de mutualisation) des enseignes en France. Mais au-delà d’un certain optimisme actuel sur le retour de ce type de commerces de service en France, il faut bien avouer que leur viabilité sera quand même difficile. Et les enseignements de cette étude, notamment sur la future désertification des centres-villes en Angleterre doivent nous aider à réfléchir, notamment au rôle social et d'animation des commerces en centre-ville.

Ne pas faire de parallèle mais analyser les facteurs d’échec :

Et même si la structure du commerce Anglais, plus indépendant de petit format et plus familial, il convient de bien regarder cette analyse. Car si les chiffres ne seront pas identiques (du moins on l'espère) il n'y a aucune raison que la tendance en soit pas la même en France.

Que dit-elle ? Que le commerce de détail aux Royaume-Uni aura radicalement changé d'ici 2018 l’étude « strong.Futures détail 2018 » prévoit que :

  • Le nombre total de magasins vont baisser de 22%, passant de 281 930 aujourd'hui à 220 000 en 2018.
  • Les pertes d'emplois pourraient être autour de 316 000 par rapport à aujourd'hui
  • La part des ventes au détail en ligne passera de 12,7% (2012) à 21,5% d'ici à 2018 ou à la fin de la décennie.
  • Beaucoup d’entreprises de détail ''moyennes'' vont arriver à survivre, mais au coût de la fermeture de plus de la moitié de leurs magasins : 22 000 estimés.
  • Les ‘’High Street’’ – rue principale - vont continuer à souffrir : 41% des centres villes vont perdre 27 638 magasins dans les cinq prochaines années.

Mon analyse :

- Le grand nombre de fermeture à venir est certes liée à l’atomisation ‘’culturelle’’ des réseaux de distribution en Angleterre, magasin indépendants, plus petits, plus nombreux, familial, de proximité. … il est donc normal que le temps de la saturation soit arrivé.

- Car l’Angleterre fait partie des pays dont les comportements clients sont les plus digitalisés en Europe. Les taux d’achat en ligne sont ‘’hors normes’’ et influent donc encore plus directement sur la viabilité économiques de ces magasins ‘’indépendants’’ et trop nombreux.

- De cette crise naîtront de nouvelles innovations retails.... mais en attendant, il devrait y avoir une descente aux enfers.

Et cette analyse me fait penser à la situation Canadienne voir mon post ci-après, qui est déjà touchée par ce phénomène de fermeture massive de magasins. Principalement pour des raisons ‘’culturelles’’. Les commerçant Canadiens ayant crus pendant longtemps que le digital resterait contenu et pas un phénomène durable, et qu’il n’altérerait pas leur business basé sur la proximité et la convivialité.

L'angleterre à mal à son commerce de détail et prévoit 60 000 fermetures de magasins d'ici 2018.

Catalyseurs clés pour la crise imminente du commerce de détail Anglais :

  • Augmentation des dépenses de consommation 12% depuis 2006 inférieure à l’augmentation des coûts d'exploitation des magasins 20%. Il faudra encore plusieurs années pour retrouver le niveau qu'elle était en 2008.
  • La vente au détail en ligne est réglée pour tenir compte de 21,5% de PDM des ventes au détail totales en 2018 contre 12,7% aujourd'hui, la plus grande part du commerce de détail en ligne dans le monde

Les Royaumes-Unis sont donc confrontés à une crise avant tout culturelle basée sur le déni. Hyper traditionnels dans leurs réseaux de distribution, comme dans beaucoup de pays les commerçant de détails ont eu une phase de ''déni'' qui les a longtemps laissé penser que la vente en ligne les épargnerait, et que la ''qualité'' de leur offre les mettrait toujours à l'abri et n'impacterait pas leur business. Mais cela se croise également avec des clients Anglais qui se sont laissé séduire plus rapidement que d'autres par le parcours d'achat digitalisé. Et au milieu une ‘’culture’’ de commerçant incapables de prendre les décisions nécessaires puisque le mot survie ne semblait pas les concerner.

A cela s'ajoute une crise d'image prix perçue par les clients qui semble tardivement privilégier - pour des raisons de crise du porte-monnaie et donc de coûts - les surfaces de périphéries car ''moins chères'' que le centre-ville ce qui n'est pas tout à fait faux.

Beaucoup de commentaires à propos de la vente au détail voient les magasins Anglais de centre-ville comme définitivement condamnés et créant une débâcle dans l'industrie. En fait, ce jugement radical n’est pas exact, mais des changements radicaux doivent être apportés par les détaillants, par les centres villes et par le gouvernement pour préserver ce qui est le meilleur dans le commerce de détail.

Les commerçants ne se sortiront donc pas seuls de cette crise à venir. Et pour la qualité et le dynamisme de leur centre-ville, les pouvoirs publics se doivent d'intervenir.

L'angleterre à mal à son commerce de détail et prévoit 60 000 fermetures de magasins d'ici 2018.L'angleterre à mal à son commerce de détail et prévoit 60 000 fermetures de magasins d'ici 2018.

Quelques chiffres en brut :

# Taux d’inoccupation en hausse de 161% en 5 ans.

- Le taux d'inoccupation de surfaces commerciales à travers le pays est passé de 5,4% en Décembre 2008 à 14,1% en Mars 2013 (selon la Société locale de données) une hausse de 161%. Sans intervention, le taux d'inoccupation peut continuer à progresser et peut-être passer au-delà de 20%.

# Fermeture de magasins : 22% !

- Le phénomène de fermeture de magasin à toujours existé comme les ouvertures. Mais cette fois le rythme du changement est considérable et le nombre total de magasins en 2018 devrait chuter de 22% au cours des cinq prochaines années à 222 000.

# A part sur les zones touristiques, une «décomposition» du tissu commerçants de 41% des centre villes :

- En raison de la baisse de la demande d’ouvertures de magasins en centre villes et avec un taux d’inoccupation de 15%, les villes auront besoin d'une réduction importante des espaces de vente au détail. Futures Retail 2018 prédit que 41% soit plus d'un tiers du centre-ville pourrait connaître un déclin rapide en 2018 si aucune mesure n’était prise.

- Le nombre de magasins de la principale et ‘’commerçante’’ des villes devrait chuter de 19,9%, mais un impact encore plus grand sera ressenti par les magasins de proximité. Ceux-ci diminuerait de 34 587 (-26,2%) en raison de la baisse de rentabilité commerciale d’une surface de vente dans les ‘’ quartiers’’ et la réticence de plusieurs détaillants de continuer à fonctionner compte tenu de la bonne perception prix / disponibilité des sites périphériques, centres commerciaux, retail parks et la vente en ligne. Bref ils baissent les bras sur ce qui faisait leur force le service mais qui ne justifie plus un écart prix permettant la rentabilité.

- Les grandes enseignes comme Tesco, Wickes, ASDA et B&Q ont annoncé des réductions drastiques de surface pour leur prochaine ouverture ou réaménagements de leur ‘’grands’’ magasins et ont tous des plans pour subdiviser leurs magasins géants, et allouer cet espace à d’autres détaillants.

# Formidable croissance du commerce de détail en ligne pour arriver à 25% en 2012.

Ces chiffres sont des estimations. Il peut se passer un an ou deux de plus avant que la PDM du commerce de détail en ligne se stabilise à 21,5%. Mais de nombreux commentateurs estiment que la part en ligne obtiendra à 25% en quelque part autour de 2020 à 2023.

# Le rôle des Magasins

- Les magasins de détail resteront un élément important et pivot du process d'achat, bien que plus petit, une partie de la vente au détail dans les ''hautes rues'' commerçantes, les centres commerciaux et les parcs d'activités commerciales comme en ligne continueront de croître. Mais le modèle «historique» de la vente au détail a besoin d’être revu, sous les pressions combinées de coûts élevés, de la réticence des consommateurs à dépenser, et de la croissance rapide du commerce de détail en ligne.

# Les Shoppers de l'avenir

- Les clients fréquentent les 'boutique' de multiples façons, en vérifiant le site Web d'un magasin, en visitant un ou plusieurs magasins, en regardant revues de produits, l'affichage des prix des concurrents sur un smartphone tout en se tenant à l'extérieur d'un magasin, et en choisissant finalement si acheter les marchandises en magasin ou en ligne et de recueillir en magasin ou faire livrer à une adresse désignée.

- Les détaillants ont donc à faire des réponses stratégiques claires à l'évolution de ces modèles y compris: décider le bon nombre, le type et l'emplacement des magasins (et la vitesse de tout désinvestissement nécessaire dans les magasins); et comment intégrer pleinement leurs magasins physiques, les sites en ligne et d'autres canaux tels que les médias sociaux de manière cohérente.

# Un enjeu social : Tout faire pour redynamiser le centre-ville :

- Les rues commerçantes sont une partie essentielle pour la ‘’vie’’ des centres-villes, pour la création d'emplois et la vitalité en apportant également touristes et en étant des lieux de convivialité qui sans commerce vont se dégrader au sens propre et figuré.

- Développer des services, des loisirs et du divertissement ainsi que soutenir le commerce de détail est donc une priorité. Futures détail 2018 fait valoir que les rues principales sont menacés par les changements actuels dans les structures de vente au détail. Et si les gros souffrent les petits meurent… Certains sites secondaires et tertiaires plus petites et moins réussies peuvent disparaître presque complètement.

- Le rapport Futures détail 2018 recommande la mise en place d’amorçage de £ 320 M, pour commencer le réaménagement de ces centres villes en allant jusqu’à transformer les boutiques vides en logements, en créant plus de Service / divertissement / sorties de loisirs, et / ou de fournir des bureaux, des cabinets médicaux, des salles de classe / salles de réunion ou d'autres installations pour lesquelles il peut y avoir une demande locale. En conséquence de cette politique peut-être 15 000 - 20 000 nouveaux logements pourraient être créés sur quatre ans.

Ne pas faire de cette mutation une crise

Bien que ces changements puissent sembler ne concerner que l’emploi … la transformation devrait avoir des conséquences inattendues pour les centaines de milliards de £, engagées dans l'immobilier commercial par des fonds de pension, les sociétés d'investissement, les propriétaires de centres commerciaux et les détaillants eux-mêmes. Le modèle d'affaires actuel est intimement lié à l'immobilier : une baisse significative des prix de l'immobilier causée par une chute importante de la demande d’ouverture de magasin aura une incidence sur tous les actifs de propriété pour de nombreuses années à venir. Une réponse sera de réduire les loyers (et donc la rentabilité de l'évolution). Agir dès maintenant permettra d'éviter que la transformation du commerce de détail ne devienne une crise à plus long terme pour les marchés de l'immobilier et les centres villes.

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